La ville et la voiture

Texte intégral proposé au Droit et dont des extraits ont été publiés dans l'édition du 22 septembre 2007

             En 2005, au Canada, il y avait  environ 18 millions de véhicules légers sur nos routes.  Collectivement, ils ont parcouru 526 milliards de kilomètres et consommé un peu plus de 29 milliards de litres de carburant.

            Pour ce qui est du Québec, entre 2001 et 2006, le nombre de véhicules légers a augmenté de 390 392, (une augmentation de 6.1%) pour passer à 3 849 641.  En Outaouais, durant ces mêmes années, l’augmentation a été de 8.3%, ajoutant quelques 24 515 véhicules légers aux 160 446 qui sillonnaient nos routes en 2001.  Ajoutons à cela qu’au Québec, le nombre de véhicules en circulation pour 100 habitants âgés de 16 ans ou plus est passé, entre 2001 et de 2006, de 58 à 61.  Dernière statistique (je  le jure !) : la masse nette des véhicules en circulation a augmenté de 70 kilogrammes en cinq ans.

             Pour récapituler : il y a de plus en plus de voitures sur nos routes et elles sont de plus en plus grosses.

             Nos villes et nos quartiers, quant à eux, n’ont pas pris d’expansion à la vitesse de l’augmentation de voitures.  Dans les vieux quartiers, les rues ne sont pas plus larges qu’il y a cinquante ans, les terrains n’ont plus.  La proportion de voitures par mètre carré y est donc de plus en plus grande.  Pas besoin d’être statisticien pour s’en rendre compte d’ailleurs : où que l’on aille, on voit des voitures.  Les rues sont pleines.  Les stationnements sont pleins.  Les entrées des résidences sont pleines.

             Comme conseiller municipal, je passe une partie importante de mon temps à parler voitures avec les résidents de mon quartier.  Je suis, un peu malgré moi, devenu un « gars de char. »  Des gens m’appellent pour me dire qu’il y a trop de voitures dans la rue.  Qu’il n’y a plus de place devant leur propre maison ou dans leur propre entrée pour garer leurs propres véhicules.  Que leurs visiteurs doivent se stationner de plus en plus loin lorsqu’ils viennent les voir.

             Ils m’appellent aussi pour me dire qu’il y a trop de circulation sur leur rue.  Que les gens conduisent trop vite.  Que les automobilistes ne respectent ni les piétons, ni les cyclistes. Qu’ils ne respectent pas les voies réservées.  Qu’ils ne font pas leurs arrêts.  On me demande des dos d’ânes, des sens uniques, des avancés de trottoirs, des arrêts multiples, des feux de circulation, des panneaux interdisant certains types de véhicules à certaines heures, des opérations-radar.  Inutile de dire que je suis presque toujours d’accord avec eux.  Et inutile d’ajouter que souvent, malheureusement,  il n’y a à peu près rien à faire. 

             Non pas parce que ce n’est pas justifié.  Non pas parce que ce n’est pas vrai.  Mais parce que c’est partout pareil.  Un problème global lié à l’ADN même de nos villes, trop souvent conçues pour les voitures et à une culture qui glorifie la vitesse.  Il n’y a pas assez d’ânes dans ce bas monde pour ralentir tous ces chauffards; pas assez de feux de circulation pour modérer tous ces illuminés.

             La journée En ville sans ma voiture est l’occasion de réfléchir à tout ça.  Les villes doivent changer leur façon de penser le transport et les citoyens doivent se demander comment ils peuvent changer leurs habitudes.  Du 15 octobre au 18 octobre,  la Ville de Gatineau organisera des consultations publiques dans le cadre de l’élaboration d’une politique environnementale.   Il s’agit du forum idéal pour y discuter transport et j’invite tous ceux et celles qui s’intéressent à la question de la place de la voiture dans notre ville à participer.

 Patrice Martin
Conseiller municipal
Wright-Parc-de-la-Montagne

Édifices verts :
caprice ou necessité ?

Texte paru dans Le Droit, 29 janvier 2007

 Il y a quelques jours, le Conseil municipal de la Ville de Gatineau décidait que l’éventuel Complexe sportif serait un édifice écologique.  Plus spécifiquement, le Conseil a prévu une certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) à même le budget de construction du Complexe sportif.  Il s’agit d’une somme d’environ 1.7 millions de dollars qui vient s’ajouter aux coûts de l’édifice, évalués à 47.4 millions $. On peut bien sûr se poser toutes sortes de questions au sujet de cette orientation, mais, au bout du compte, cela revient à se demander si une telle décision en vaut la peine ou s’il s’agit d’une mode qui va passer… et dont on devrait justement se passer.

 Loin d’être une mode passagère, l’édifice vert deviendra bientôt la norme.  Les gouvernements du Canada et du Québec ont adopté des politiques les obligeant à construire des édifices verts, tout comme l’ont fait des sociétés d’état comme Hydro-Québec, des coopératives comme Mountain Equipment Coop et, bien sûr, plusieurs villes.  De sorte que, selon une étude commandée par le Conseil du bâtiment durable du Canada, 150 immeubles étaient inscrits au système d’évaluation de cotation d’immeubles écologiques LEED en 2005. 

 Un peu partout au pays on peut ainsi voir apparaître une panoplie d’édifices écologiques : des écoles, des stations de police, des bibliothèques, des usines de traitement d’eau, des hôtels de ville mais aussi des édifices commerciaux et des édifices à logement.  La tendance est en voie de devenir une bonne affaire autant dans le secteur public que dans le secteur privé.

Pour être certifié, un édifice doit répondre à plusieurs critères sociaux et environnementaux.  En plus d’optimiser les performances énergétiques et réduire la consommation de l’eau, un édifice écologique doit également être conçu de façon à améliorer la santé et la sécurité des occupants et des utilisateurs, entre autre par une meilleur ventilation, une concentration sur la lumière naturelle et une utilisation de matériaux à faible émissions.  Finalement, l’édifice doit limiter les gaz à effet de serre qu’il produit, contribuant ainsi à la lutte aux changements climatiques.

 Pour ce qui est des coûts associés à la certification LEED, le Conseil du bâtiment conclut, sur la base d’une étude de plus de 100 bâtiments : « Sans exception, ces études concluent qu’il existe un fondement économique solide pour les bâtiment écologiques, mais seulement quand on inclut les frais de fonctionnement dans l’équation. »  Dans le cas du complexe sportif, en incluant les frais de fonctionnement, on prévoie des économies de 150 000 $ par année.  Autrement dit, dans une dizaine d’années, le coût de la certification LEED sera remboursé et la Ville continuera d’économiser pour des décennies à venir.  Une bonne affaire.

Les édifices écologiques s’inscrivent dans une logique de responsabilité environnementale et sociale.  Ils profitent aux occupants, aux utilisateurs et à la société en général.  Il est tout à l’honneur de la Ville de Gatineau de se joindre à ce mouvement qui ose penser les édifices publics dans leur globalité et prendre en considération non seulement les besoins à courts termes de la génération présente mais aussi ceux des générations futures.

 Patrice Martin
Conseiller municipal
Wright-Parc-de-la-Montagne


             

En compagnie des agents carboniques
de l'École lac-des-fées
lors de la journée Wow les moteurs
   

L’École du Lac-des-Fées dit :
Wô les moteurs...

Texte paru dans Le Droit, 26 février 2006

À l’heure des grandes conférences internationales sur les changements climatiques où ministres et fonctionnaires parlent de milliards de dollars et de centaines de mégatonnes de gaz à effet de serre (GES); à l’heure où les innovations technologiques et autres inventions de toutes sortes font miroiter des économies énergétiques à la tonne et à l’heure où l’on met sur pied une bourse du carbone dont le but est de négocier, non pas de bons vieux dollars mais plutôt des crédits d’émission de CO2, on peut oublier que le problème du réchauffement climatique, avant d’être mathématique, en est surtout un de comportement. On parle bien sûr de plusieurs comportements : celui des industries; des gouvernements; des consommateurs et des citoyens.

Dans les années à venir, nous devrons donc faire notre part sur plusieurs fronts à la fois. Sur le plan international, nous devrons respecter des objectifs « globaux » de réduction de GES. Au niveau national et provincial, nous devrons trouver des façons d’économiser de l’énergie et d’en produire de la plus verte. Il faudra aussi encadrer les pratiques des industries polluantes. Au niveau municipal, c’est par le transport en commun, la protection des espaces verts et le recyclage (pour n’en nommer que trois!) que nous ferons notre part. Mais, individuellement, ce sera la somme totale des petits gestes, répétés quotidiennement, à une échelle toujours plus grande, qui fera la différence.

J’ai eu le plaisir de participer à l’un des ces petits gestes jeudi dernier. En effet, des parents du Conseil d’établissement de l’École du Lac-des-Fées ont décidé de faire leur part en organisant une opération Wô les moteurs! Aidés par le Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO), qui a fourni dossards, dépliants et autocollants, et appuyé par quelques enfants pleins de belle énergie et surnommés, pour l’occasion, l’escouade des agents carboniques, ils ont rappelé aux parents qui venaient déposé leurs enfants à l’école qu’un moteur qui tourne pour rien « ça empoisonne. » L’opération s’est déroulée dans la bonne humeur et, à n’en point douter, plusieurs automobilistes/parents ont été surpris d’apprendre qu’en plus de polluer, la marche au ralenti coûte cher et salit le moteur pour rien !

Au nom de l’escouade des agents carboniques, je remercie les parents qui ont organisé l’événement et tous ceux et celles qui ont gardé le sourire…et tourné la clef, quand ils ont pris connaissance de ce que leur tendait la petite main emmitouflée ce matin-là.
Où seront les agents carboniques la prochaine fois ?
Ils n’attendent que votre invitation : 772-4925.

Patrice Martin
Conseiller, Wright-Parc-la-Montagne

             

                         
     

Éloge des petites salles

Texte intégral proposé au Droit et dont des extraits ont été publiés dans l'édition du 30 septembre 2005


Les Journées de la culture, du 30 septembre au 2 octobre, servent à valoriser et à renforcer les efforts de démocratisation de la culture au Québec.  Sur la page web de l’organisme qui coordonne l’événement (journeesdelaculture.qc.ca), on lit que le but de ces journées est de « stimuler la participation des citoyens, de renforcer la démocratie et d’instaurer un modèle de développement durable et solidaire. »  On ne peut qu’applaudir un évènement qui ose établir un lien direct entre culture, citoyenneté et développement durable. 

Qui dit démocratisation, dit accès pour tous.  Pour donner accès à la culture (dans son volet spectacle), il faut bien sûr qu’elle soit abordable d’un point de vu financier.  Les gouvernements peuvent, par l’entremise de subventions, faire en sorte que le prix des billets ne soit pas exorbitant, voire que certains spectacles soient gratuits. Ils peuvent aussi, par le biais d’institutions publiques, financer des concours amateurs. Mais « l’accès » a une connotation plus terre à terre.  Cela veut aussi dire que les citoyens doivent pouvoir se rendre là où il y a des spectacles ou des manifestations culturelles, fussent-ils gratuits.

Les maisons de la culture et autres grandes salles ne sont pas toujours accessibles.  Celle de Gatineau, située loin du centre-ville peut convenir aux automobilistes, mais tous n’ont pas une voiture. Si on pense au résidant du secteur d’Aylmer qui voudrait se rendre à la Maison de la culture en autobus un samedi soir, il devra partir très tôt et risque de revenir très tard.  Cela dit, il ne s’agit pas de déplacer la Maison de la culture mais on devrait la mettre au cœur du système de transport en commun pour que, justement, elle devienne le cœur de la Ville.  Cette suggestion répondrait sans doute à un des objectifs des Journées de la culture cités plus haut : « instaurer un modèle de développement durable et solidaire. »

Mais il y a aussi une autre façon d’assurer l’accès à la culture.  En encourageant les petites salles, situées dans les différents secteurs de la ville, on fait en sorte que les gens puissent se rendre au spectacle à pied ou à vélo.  Dans la région, il y a de beaux exemples de petites salles offrant des spectacles de qualité : La Basoche, La maison Maxime, la Salle Jean-Déprez ou, plus récemment et de façon plus communautaire, le Dépanneur Sylvestre. 

Non seulement ces salles permettent-elles aux résidants un accès facile à la culture, elles contribue à créer la matière première de la culture : les artistes.  En effet, rare sont les artistes qui passent de l’anonymat à la Place des arts.  Les artistes ont besoin de petites salles pour apprendre le métier et pour se faire connaître.  Pierre Lapointe s’est fait connaître à La Basoche.  En novembre, parions qu’il rempliera facilement la Salle Odyssé.

Les petites salles jouent ainsi un rôle essentiel dans le cycle de vie d’une œuvre ; cycle qui va de la création au partage avec le grand public. Les institution publiques se doivent de faire partie de ce cycle. Comme l’écrivait Will Kymlicka : « Dans le monde moderne, une culture ne s’incarne dans la vie sociale qu’en prenant corps dans des institutions. »


Patrice Martin


                         

 

 

   

La place de l'auto
et des villes dans nos vies

Texte paru dans Le Droit, 22 septembre 2005

La journée "En ville sans ma voiture" est l'occasion idéale de questionner la place qu'occupe la voiture dans nos villes mais, plus globalement, elle doit permettre une réflexion sur l'importance de la ville dans nos vies.

Les valeurs et les besoins qui furent à la base des grands changements des dernières décennies en matière de développement urbain sont désormais remis en cause par un nombre grandissant de citoyens. Nos villes et nos quartiers, jadis construits à une échelle humaine, sont de moins en moins conviviaux.

Si cette situation a longtemps fait de la banlieue une alternative intéressante, en offrant à ses résidants ce que la "vieille ville" ne pouvait plus offrir, les banlieusards n'y gagnent plus au change. Ils trouvent que les banlieues se développent trop vite et trop mal ; que les infrastructures ne répondent plus à leurs besoins et, surtout, qu'ils passent un temps fou à se rendre au bureau et qu'ils sont souvent à la merci de la voiture pour leur moindre déplacement. Chars encouragés

Non seulement est-il difficile de se déplacer sans voiture de nos jours, mais la physionomie même de la ville nous encourage à le faire. On a ainsi pensé la ville en fonction de la voiture depuis trop longtemps.

Si aujourd'hui on se résigne à s'acheter une voiture - les uns pour aller magasiner en banlieue, les autres pour aller travailler en ville - dans un contexte de "choc pétrolier", on comprendra que l'achat d'une nouvelle voiture n'est plus l'événement heureux qu'il fut à partir des années 1950. C'est la mort dans l'âme que l'on se rend chez le concessionnaire.

Cette année, la journée "En ville sans ma voiture" prend ainsi une nouvelle dimension. Aux logiques citoyennes de protection de l'environnement et de santé publique associées à cet événement, s'ajoute une considération qui nous touche aussi comme consommateurs.

En effet, alors que nous nous apprêtons à ranger notre voiture pour une journée, plusieurs se demandent s'ils ne devraient pas s'en débarrasser pour de bon.

Si on peut souhaiter que des mesures soient mises en place pour aider ceux qui sont les plus touchés par les récentes augmentations du prix de l'essence, il reste que cela ne changera rien à l'implacable logique des ressources dites non renouvelables : le pétrole viendra à s'épuiser et il faudra, tôt ou tard, repenser nos villes en fonction de cette nouvelle réalité.

Parce que "rien ne sera plus comme avant", nous devons commencer à penser autrement. En cette journée sans voiture, oublions la soi-disant rivalité banlieue/centre-ville et abordons le problème à partir d'une perspective citoyenne. Ce que nous voulons tous, c'est un milieu de vie sécuritaire et respectueux de l'environnement et un accès rapide aux biens et services qu'offrent les institutions publiques et les commerces de la vie moderne.

Revalorisation de la vie de quartier
Il nous semble qu'une revalorisation de la vie de quartier doit être au coeur du débat qui nous attend. Il faut, au centre-ville comme en banlieue, encourager l'aspect multifonctions de nos communautés ; maximiser les infrastructures existantes dans les projets de développement économique ; encourager la marche et l'utilisation du vélo été comme hiver ; remettre les trains sur leurs rails, tant pour le transport des personnes que pour celui des marchandises ; et, surtout, faire du transport en commun une alternative économique et pratique pour le plus grand nombre de citoyens.

Et une dernière chose : que les villes et les quartiers qui le peuvent unissent leurs efforts...

Clive Doucet, conseiller, quartier Capital, Ottawa ;
Patrice Martin, candidat dans Wright-Parc-de-la-Montagne, Gatineau